Interview de Miss Julia

4 mars 2010 by AliceR

    J-29

    interview_designer

    Graphiste et designer marseillaise, Julia s’attache depuis plusieurs années à explorer le champ des possibles du carton, matériau léger et malléable par excellence, pour un design presque expérimental et faisant fi des codes, à la croisée des genres.

    Pour In-We, elle répond à quelques questions et nous livre un regard, son regard, sur le design.

    Exit Miss Julia

    I.W. : Pouvez-vous nous parler de votre formation de designer ?

    J’ai fait des études d’arts appliqués (assez courtes bac F12 + 1 an de BTS expression visuelle) à Paris. J’ai commencé a travailler à 19 ans en tant que graphiste et illustratrice (presse, publicité) ; en 1994, j’ai rencontré Eric Guiomar (compagnie Bleuzen) qui commençait a travailler le mobilier en carton. J’avais déjà utilisé le carton pour faire des décors et des mises en scène pour des romans photo (parution dans la presse). Ce matériau me plaisait beaucoup du fait de sa maniabilité et de sa gratuité (récupération). Éric m’a transmis sa technique de construction et nous avons collaboré pendant 5 ans dans un atelier sur Paris. La recherche du design fonctionnel a donc pris le pas sur le décors.

    I.W. : Quels produits dessinez-vous ?

    Du petit mobilier d’appoint (table de chevet, commode, table basse, guéridon, range cd et dvd, fauteuil), mais je suis de plus en plus sollicitée pour de l’aménagement d’intérieur, de stand d’exposition et de boutique ( comptoir, table, étagère, présentoir).

    table rouge Miss Julia

    I.W. : Pouvez-vous nous parler de votre philosophie ?

    Au fil des années, après avoir construit énormément de meubles et testé sur les performances du carton sur le long terme, j’affine mes recherches dans ce domaine. J’essaie, tout d’abord par le dessin, d’épurer les lignes et d’obtenir plus de finesse dans la forme tout en gardant la solidité et la rigidité. Dans le travail de finitions je recherche, en respectant l’aspect brut du carton, des motifs décoratifs en adéquation avec le style du meuble. Grâce a la technique de la sérigraphie, j’ai pu aller au delà du graphisme basique des cartons d’emballage et ainsi imprimer ma propre imagerie inspirée du pop art (photos tramées et couleurs vives), mon soucis n’étant pas de cacher que le meuble est en carton mais plutôt de jouer avec ses codes et ce qu’il représente aux yeux de tous en détournant son origine (peu) avec les rangements (étagères, commodes), les tables et les fauteuils (plus). Après le travail de toutes ces années essentiellement basé sur la création de pièces uniques, je recherche depuis peu le moyen de façonner quelques modèles en petites séries. J’élabore également un prototype de table dont le plateau et les pieds peuvent se dissocier dans un soucis d’encombrement et de facilité de transport, suite aux multiples contacts étrangers que j’ai eu cette année.

    I.W. : Quels matériaux utilisez-vous pour vos créations ?

    Le carton est devenu mon matériau de prédilection en premier lieu par soucis économique et pour sa facilité d’utilisation ne nécessitant pas d’outillage et de connaissances particulières, contrairement au travail du bois. Avec le temps et les nouvelles notions d’écologie, de recyclage et de développement durable, mon travail s’est inscrit sans le revendiquer dans cette démarche d’éco design tant médiatisé ces derniers temps. Je m’y retrouve volontiers bien que ce ne fut pas ma démarche initiale.

    Miss Julia

    Miss Julia

    I.W. : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

    Le design des années 50-60 pour ses formes, le travail des piétements de tables, commodes, canapés, la ligne épurée ; les scandinaves Jacobsen, Hans Olsen, Charles et Ray Eames ; Joseph-André Motte, Jean Prouvé et Isamu Noguchi ; Herman Miller ; certaines pièces éditées par Knoll et Steiner ; Franc O’Gerhy pour sa ligne de mobilier en carton et sa technique de construction totalement différente ; les 5.5 Designers pour leurs détournements d’objets et leur inventivité ; le collectif hollandais Droog Design et leur commode constituée de plain de tiroirs de récupération.

    Miss Julia

    I.W. : Que diriez-vous aux consommateurs sceptiques sur l’esthétisme des objets éco-donçus ?

    Les gens commencent un peu à sortir du modèle Ikéa. Ils sont sensibles aux beaux objets et n’ont pas forcément beaucoup de moyens, mais ils sont prêt à mettre le prix pour quelque chose qui sort un peu de l’ordinaire. Le fait qu’ils puissent venir à l’atelier choisir et imaginer leur meuble est très plaisant, c’est un échange qui va au delà du simple fait d’acheter, le rapport à l’artisan change de la grande distribution. Les gens sont également plus critiques et font attention à la façon dont ils consomment, ils recherchent de plus en plus des produits qui ont été élaborés avec respect pour la personne et pour l’environnement ; en cela, le matériau carton leur parle directement car c’est un matériau recyclé et 100% résiduel. Depuis quelques années, ces considérations prennent place dans la façon dont certains designers et architectes pensent leurs projets.

    turn me on Miss Julia

    I.W. : Quel(s) message(s) voulez-vous faire passer à travers vos oeuvres ?

    Pour ce qui est du futur, il est peut être déjà trop tard mais autant continuer à oeuvrer dans ce sens. Et puis avant tout je m’amuse et mon métier m’apporte beaucoup de satisfactions et de libertés, c’est très plaisant de pouvoir penser un objet et de mener à terme sa création ; être en contact direct avec le client est également très appréciable. Je collabore de plus en plus avec les Italiens, ils ont un rapport au design et au travail fait-main très sensible et c’est un vrai plaisir de travailler avec eux.

    Miss Juia Club 5

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