Interview d’Arnaud Lapierre : le design juste, juste le design.

11 février 2010 by AliceR

    interview_designer

    Le travail d’Arnaud Lapierre a déjà fait l’objet d’un article sur ce blog ; plébiscité par nos visiteurs, il a pris le temps de répondre à nos questions pour donner à voir une autre image du design, un retour aux sources plus cohérent et plus juste. En continuité de sens avec ses créations, entre poésie et pragmatisme.

    Acceuil Lamp

    Accueil Lamp

    - I.W. : Pouvez-vous nous parler de votre formation de designer ?

    Ma formation n’a pas été une ligne toute tracée, j’ai mis longtemps avant de découvrir ce que je voulais vraiment faire, et comment je voulais le faire. Après un bac général, je me suis orienté vers la théorie de l’art, son histoire et ai obtenu un deug d’archélogie et histoire de l’art. Puis, je me suis rapidement retrouvé à évoluer dans un BTS en création industrielle avant de rejoindre l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle ( E.N.S.C.I) logée à Bastille (Paris) ; la pédagogie enseignée dans ce lieu m’a permis d’aborder les champs de la création sous des notions plus ouvertes, sensibles, intelligibles et humaines.

    - I.W. : Quels sont les produits que vous dessinez ?

    J’essaie de ne pas me cantonner à une typologie en particulier, je suis excessivement curieux et suis très souvent ravi de travailler sur des projets dont les sujets ne m’ont jamais été posés, dont je n’ai aucune idée, aucune vision sur mon intervention. Cela me pousse souvent dans mes retranchements et m’oblige à aller toujours un tout petit peu plus loin, et ça me plait. Actuellement je dessine plus dans le domaine du meuble et des objets dans l’univers domestique.

    Alinea

    Alinea

    - I.W. : Pouvez-vous nous parler de votre philosophie ?

    La création d’objet est un regard sur le monde, sur notre environnement, sur nos façons de comprendre, d’écouter…un regard sur nos envies. Le design est une traduction sensorielle, une écriture qui conjugue les objets en mots, nos usages en grammaire et nos émotions en phrase. Qu’il soit esthétique ou technologique, un objet sera perçu et compris au final tel quel, comme un objet. Je recherche des formes porteuses de sens qui  génèreront une nouvelle façon de percevoir l’objet et de se l’approprier. Le design, c’est d’abord pour moi donner à voir et à comprendre.

    - I.W. : Quant votre intérêt pour l’éco-design a-t-il démarré ?

    Quand je me suis rendu compte que je faisais partie du problème et que, par mon travail, j’encourageais la production d’objet. L’éco-conception ne devrait pas être un parti-pris, cela devrait déjà être injecté inconsciemment dans tout projet dédié à l’industrie, un leitmotiv muet, un râle inaudible mais présent.

    Poelle Ilot

    Poelle Ilot

    - I.W. : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

    Les rituels inconscients du quotidien, les décalages porteurs d’imaginaire, les surprises qui génèrent de l’espoir. Des utopies enthousiastes.

    - I.W. : Quels matériaux utilisez-vous pour vos créations ?

    J’apprécie beaucoup la céramique et le bois, comme le hêtre ou le chêne. L’acier m’intéresse aussi quand il est usiné par un laser ou embouti. Au final ce ne sont pas vraiment les matériaux qui comptent le plus, mais les processus industriels, leurs qualités, leurs défauts, leur ingéniosité et la cohérence entre matériau et outil, et production de forme.

    Parabol Vase Arnaud Lapierre

    Parabol Vase

    - I.W. : Que diriez-vous aux consommateurs sceptiques sur l’esthétisme des objets éco-conçus ?

    Qu’il n’y a pas d’esthétique éco-design, s’il y en a une c’est que c’est raté. Cela ne doit pas être un genre, un style, une écriture. C’est un procédé qui doit s’inscrire dans une économie de geste, de matière et de moyens. Les Brick en polystyrène des frères Bouroullec sont à l’opposé d’une esthétique écologique, pourtant ce projet de scénographie (à la base) est bien ancré dans une démarche d’éco-conception : envoyer un plan numérique à l’autre bout de la planète pour découper localement au fil chaud un bloc de plastique expansé, c’est réduire fortement une empreinte qu’aurait laissé un montage d’exposition classique en prenant en compte l’énergie de la main d’œuvre, les matériaux mdf, platre, peinture, acier, ect…et les transports de tout cet ensemble.

    Brick - Frères Bouroullec - photo Morgane Le Gall - www.bouroullec.com

    Brick – Frères Bouroullec – photo Morgane Le Gall – www.bouroullec.com

    - I.W. : Quel(s) message(s) voulez-vous faire passer à travers vos oeuvres ?

    Je n’ai pas de message à faire passer, je ne suis pas mûr dans mon travail et ai encore beaucoup de choses à apprendre par moi-même avant de faire passer une conviction, je préfère que mes objets ne s’imposent pas et laissent une totale liberté d’appropriation à leurs utilisateurs, que le message s’écrive dans leurs usages au quotidien.

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    Un commentaire

    1. Antoine

      Très intéressant, merci pour le partage


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